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L’Église Notre-Dame-des-Tables

Pourquoi ce nom ?

Sur la place Jean Jaurès, au cœur de Montpellier, se dressait l’église Notre-Dame-des-Tables. Elle est mentionnée dès 1090, d’abord sous le nom de chapelle Sainte-Marie. Au XIIe siècle, de nombreux pèlerins qui se rendent à Saint-Jacques-de-Compostelle font le détour par Montpellier pour vénérer la Vierge noire de la chapelle Sainte-Marie et faire étape dans la cité.

Les tables des agents de change et des marchands qui commercent avec les pèlerins sont régulièrement disposées autour de l’église. C’est ainsi qu’elle prend progressivement le nom de Notre-Dame-de-Tables. La rue de la Petite-Loge, qui relie la place Jean Jaurès à la place Pétrarque, témoigne encore de ce passé. Elle était vouée, au XIVe siècle, au commerce des épices, qui désignaient les produits du Levant.

L’église Notre-Name-des-Tables poursuit son existence centrale dans la cité pendant tout le Moyen Âge.

L’enseignement médical au XIVe siècle

Le XIVe siècle est la période du Moyen Âge durant laquelle le rayonnement de l’université médicale montpelliéraine est la plus grande.

Auguste Privat, Soutenance de thèse au Moyen Âge, 1925
Faculté de médecine de Montpellier

En 1340 de nouveaux statuts codifient le fonctionnement de l’université de médecine. Les étudiants choisissent leur professeur. Comme il n’y a pas encore de locaux affectés à l’enseignement, chaque maître reçoit chez lui ses élèves. Il affiche sur sa porte les horaires de ses cours et de ses visites. Il lit pour ses élèves les auteurs dont il a la chance de posséder les manuscrits. Il se rend au domicile de ses malades, entouré de ses élèves qui reçoivent ainsi un enseignement pratique. Les visites se terminent dans l’officine d’un apothicaire, où le maître dicte les ordonnances de la journée tout en faisant un cours sur la valeur des médicaments prescrits.

Le chancelier (un maître en médecine désigné par l’évêque) doit organiser tous les ans une dissection sur un cadavre humain, récupéré parmi les décédés des hôpitaux ou les condamnés à mort.

Examens et cérémonies à Notre-Dame-des-Tables et à l’Eglise Saint-Firmin

Dès le Moyen Âge, les études de médecine sont longues et les examens ambitieux.

L’obtention du baccalauréat est suivie d’un stage, puis de la présentation des Points rigoureux, examen le plus difficile. Ce dernier a lieu dans l’église Notre-Dame-des-Tables devant des régents et des docteurs. Le candidat commente un texte de Galien et un texte d’Hippocrate. En cas de réussite, la cérémonie de délivrance de la licence se passe dans la résidence montpelliéraine de l’évêque, en présence de toute la communauté universitaire et des notables de la ville. Elle est suivie d’un banquet.

Une nouvelle série d’épreuves, les Triduanes, passées un mois après, permet aux étudiants de devenir docteur.

La cérémonie du doctorat se déroule à l’église Saint-Firmin au cours d’une grande fête.

Le futur docteur est conduit de chez lui à l’église au son des trompettes et des violons. La journée se termine autour d’un banquet auquel il convie ses amis, suivi de danses.

Le cérémonial du doctorat coûte une fortune au nouveau docteur.

Gui de Chauliac (1290-1368)

Le père de la chirurgie moderne

Au XIVe siècle, alors que le rayonnement de l’université médiévale est à son apogée, le plus célèbre parmi les médecins est Gui de Chauliac (1290-1368).

Sa réputation et son talent en font le médecin des papes d’Avignon, Clément VI, Innocent VI et Urbain V, son compatriote du Gévaudan.

Il est extrêmement habile dans le geste chirurgical et intellectuellement en avance sur son temps lorsqu’il rédige à la fin de sa vie son principal ouvrage intitulé La Grande chirurgie. Ecrit en Avignon à partir de 1363, il est publié à Montpellier, avec pour objectif de donner ses lettres de noblesse à la chirurgie, qui n’est pas encore enseignée à l’université.

La grande chirurgie est le texte le plus complet du tout le Moyen Âge qui se transmettra de génération en génération sur plusieurs siècles.

Guy de Chauliac, La Grande chirurgie
Mss, XVe siècle

Arnaud de Villeneuve (vers 1240-1311)

Médecin des rois et des papes

Portrait d’Arnald[us] de villa noua
Gravure sur bois de La Chronique de Nuremberg, 1493

Le plus remarquable des maîtres de ce siècle. A la fois médecin, chimiste, alchimiste, astrologue et théologien. C’est lui qui diffuse en Occident la pratique de la distillation.

Il a rédigé une soixantaine de traités médicaux. Ces écrits suscitent de nouveau l’intérêt à la Renaissance puisqu’ils sont publiés au XVIe siècle. Il fait profiter l’école montpelliéraine de ce nouveau savoir.

Il ira même en mission auprès du Roi de France en 1299 où ses prises de positions religieuses le conduiront en prison.