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L’apothicaire en sa boutique

L’outillage de l’apothicaire

« On se sert enfin de mille matières, & de mille inventions, pour une infinité de vaisseaux & d’instruments destinez à l’usage de la Pharmacie »
Moyse Charas, 1676

Mortiers et pilons, cribles et tamis, poêles et chaudrons, chausses et « coulatoires », spatules, « bistortiers » (sorte de rouleaux à pâtisserie)... mais aussi bassines et bassins de cuivre et de laiton, chaudrons, balances et poids, ainsi qu’un « tamys pour passar espessias (tamis pour passer les épices) »... Les inventaires des apothicaireries regorgent d’outils d’une variété inépuisable !

Les objets caractéristiques mais pas exclusifs de la profession sont le mortier, l’alambic et la balance et les destinations de tel ou tel instrument sont rarement détaillées.

Les mortiers et autres ustensiles de broyage

« Entre tant de sorte d’instruments qui sont nécessaires au pharmacien, il n’y en a point selon mon jugement, qui soit plus usité que le mortier, duquel il est difficile, voire impossible de se passer pour la préparation de la plus grande partie des drogues dont il se sert »
Jean de Renou, 1637

  • Mortier, pilon, billot servant de base
    1638, bronze, fer et bois, Saint-Théodorit, collection particulière
  • Antoine Rivalz, L’Apothicaire des cordeliers de Toulouse
    Première moitié du XVIIIe siècle, huile sur bois, Toulouse, musée des Augustins, 2004 1 273

Le mortier est bien l’instrument essentiel à la profession et doit être confectionné en diverses matières, en fonction des usages auxquels il est destiné. Plusieurs pharmacopées détaillent précisément les qualités des matières employées : pierre, marbre, verre, bois, fer, plomb ou bronze. Il arrive que l’apothicaire loue cette pièce maîtresse à un confrère, un grand mortier de bronze étant un objet onéreux.

Ce type de grand mortier porte parfois une inscription, une date, le nom du propriétaire et/ou du fondeur, comme c’est le cas du mortier exposé. Il arrive également qu’il repose sur un souc, sorte de billot de bois.

Pour broyer plus finement, l’apothicaire dispose d’une table de pierre et d’une mollette semblable à celle que les peintres utilisaient pour préparer leurs pigments.

Pharmacie de la Miséricorde
Archives municipales de Montpellier

L’alambic

La distillation des essences, alcools, eaux et huiles, nécessite un alambic. Les textes attestent de leur existence dans le laboratoire des apothicaires. Fragiles, fabriqués avec du verre ou du cuivre, ils ont souvent disparu.

  • Éléments d’un alambic
    XVIIIe-XIXe siècle, terre réfractaire de l’Uzège, Montpellier, collection particulière

À Montpellier un petit nombre de ces ustensiles demeure : la pharmacie de la Miséricorde en possède deux exemplaires de cuivre étamé. Plus rares sont les modèles en céramique, cependant en usage en pays méridionaux. Celui qui est ici exposé, fabriqué en terre réfractaire, probablement de l’Uzège, dégage encore une odeur de plantes aromatiques dont il est imprégné.

Poids et balances

Poids d’une livre portant une fleur de lys et armes de Montpellier
Ce poids pèse 406 g et devrait peser 414,65 g.
XVIIe - XVIIIe siècles, bronze, Montpellier, collection particulière

« Il faut remarquer que les livres marchandes des différentes Villes de France ne sont pas toujours d’une égale pesanteur, car par exemple la livre de Roüen pèse plus que celle de Paris, & celle de Paris pèse plus que celles du Languedoc, de la Provence, du Dauphiné, du Lionnois. »
Nicolas Lémery, 1716

Les poids et balances se trouvent chez tous les marchands de détail, à fortiori, chez les apothicaires, où la précision dans l’administration des médecines étant vitale, la présence de poids et de balances dans les officines est régulièrement attestée. Les traités ne manquent pas de consacrer un chapitre à ce sujet complexe, qui demande des calculs dignes d’un compte… d’apothicaire !

Les villes devaient faire figurer leurs armes sur les poids d’Ancien Régime. À Montpellier, la livre poids de table équivaut à 414,65 grammes.

Les contenants

Les hommes de l’art se sont souciés très tôt de la question du conditionnement des produits pour assurer leur meilleure conservation.

Dès l’Antiquité, le manuel de référence dans la pharmacopée de Dioscoride décrit dans sa préface les récipients aptes à la conservation des plantes médicinales, dites simples : des « cassettes de Teil » ou des « boetes ou coffres » pour les fleurs et toutes choses odoriférantes et aromates ; du papier pour les graines. Les liquides doivent être mis « en vases d’argent, ou de verre, ou de corne. Les pots de terre aussi y sont bons pourvu qu’ils soient massifs & épais. On se sert aussi de vases de bois, & sur tout de buis. Quant aux vases de bronze, ils sont bons à garder les médicaments pour les yeux […] Quant aux graisses & moëlles, il les faut garder en vases d’étain ». A partir de la Renaissance, les traités reprennent et précisent ces concepts.

  • Album de platinotypies. Collection de pots de pharmacie
    20e siècle, Blancard, Hippolyte, Paris, BIU Santé Descartes

Les contenants figurent en bonne place dans les inventaires languedociens, au fil desquels on en retrouve les différentes sortes citées par les ouvrages savants.

Le revêtement ou le doré, l’émail et la glaçure

« S’il se trouve des drogues ou des compositions mauvaises, vieillies, ou qui ne soient pas ce qu’elles doivent être, elles seront saisies et |…] jetées afin qu’elles ne puissent nuire aux corps humains »

Dès le Moyen Age des visites de contrôle sont organisées par les consuls du métier pour vérifier le bon état des remèdes, mieux valait donc veiller à la qualité sanitaire des récipients, gage de bonne conservation.

  • « Boête » en bois
    Troyes, Ancienne apothicairerie de l’Hôtel-Dieu

Les produits entreposés devaient être mis à l’abri de la lumière, de l’humidité, de la poussière, des insectes et autres animaux nuisibles et donc dans un contenant non poreux. Dans leurs écrits, Avicenne puis Arnaud de Villeneuve recommandent des « vase vitri aut vitreato » , c’est-à-dire, dans des vases de verre ou de terre recouverts de verre (glaçurés ou émaillés).

Les boutiques des apothicaires montpelliérains renferment donc diverses sortes de vases de terre cuite, parfois simplement vernissés et souvent revêtus de beaux émaux. Dès le Moyen Âge, une production de faïence apparaît à Montpellier, laquelle se développe jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.