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L’apothicaire parfumeur

Des pratiques anciennes

« Les principes fondamentaux de plusieurs arts dépendent de la Pharmacie, tels que l’art du confiseur, et ceux de la préparation des eaux de senteur et des liqueurs de table »
Antoine Baumé, Eléments de pharmacie, 1795

Concoctant de multiples recettes médicinales, l’apothicaire a aussi fabriqué très tôt des produits liés au soin et à l’esthétique du corps. L’usage des alambics pour extraire les huiles, les essences et autres eaux ont fait également de lui un parfumeur et un liquoriste.

Cette spécialité permet d’ailleurs à six d’entre eux d’obtenir, entre 1595 et 1715, le titre d’apothicaire-parfumeur des maisons royales françaises : Jérôme Périer, Jacques Brousson, Etienne Brousson, Laurent Bosc, Sébastien Matte la Faveur et Jean Fargeon qui fonde une dynastie de parfumeurs et s’installe aussi à Paris.

Le grands parfumeurs montpelliérains au XVIIIe siècle

La ville de Montpellier était jusqu’au XVIIIe siècle la capitale française de la parfumerie. Certains apothicaires se spécialisent dans la fabrication de remèdes permettant de couvrir les mauvaises odeurs ; à l’instar du Montpelliérain Jean-Louis Fargeon (1748-1806), qui devient « parfumeur du Roi et de la Cour ». La profession utilise les ressources issues de la garrigue et de la distillation de l’eau-de-vie.

L’esprit novateur Sébastien Matte La Faveur(1629-1714) le fait devenir démonstrateur à l’Université de médecine de Montpellier, chargé de dispenser des cours de chimie. Inventif et habile, il est également marchand parfumeur et distillateur préparateur de remèdes à Paris : ses eaux de Sète et de la Reine de Hongrie sont particulièrement connues. En publiant La Pratique de Chymie, il annonce en précurseur l’arrivée de la chimie dans le domaine de la pharmacie.

Documents du musée de la Pharmacie, Montpellier
Extrait de la Revue des études héraultaises, Béatrice Rivet, 1989-1990

Le produit le plus fameux de Sébastien Matte fut sans conteste l’Eau de Hongrie, alcoolat de Romarin et de plantes des garrigues, qu’il fabriquait selon lui avec « une exactitude sans pareille » et dont il diffusait les mérites « dans toutes les parties du royaume ». On dit que Madame de Sévigné en raffolait et qu’elle en avait toujours un flacon dans sa poche.

En butte constamment avec la corporation des apothicaires qui lui contestaient son droit d’exercice car il ne faisait pas expressément partie de la profession, il gagna tous ses procès et obtint pour son concessionnaire l’exclusivité de vente à Paris et à la cour de ses produits tels le sirop de capillaires, les eaux de Sète, l’eau de Hongrie, l’huile de Gabian…

Pots de détail

Les textes n’évoquent presque pas ces pots de détail qui, à coup sûr, ont formé la plus grande masse de la production des vases de pharmacie.

Emballages perdus, ils ne sont cités qu’exceptionnellement dans le Catalogue des marchandises rares, curieuses, & particulières de Jean Fargeon qui indique qu’on transporte certaines de ses pommades « dans des petits pots de fayance, qui contiennent depuis une once, jusques à une livre ». Cette brochure, ancêtre de la réclame, témoigne de la modernité de Fargeon dans ses pratiques commerciales.

Anecdotes parfumées

Laurent Catelan aurait assurément présenté son cabinet et sa très renommée boutique à sa Majesté le Roi Louis XIII si les médecins de ce dernier n’avaient redouté que les fortes odeurs ne l’incommodent, c’est-à-dire « si l’excessive quantité de poudres de Chypre, de Violette, d’eau d’ange, de chaynes de musc, de peaux de senteur, de cassolettes, & semblables que je prépare ordinairement […] n’eussent donné des appréhensions à Messieurs les Medecins, qui pour lors estoient en quartier que l’excez de telles odeurs eussent peu esbranler en quelque façon sa santé . »
Laurent Catelan, Préface au traité de la licorne, 1624

« Les boutiques des apoticaires sont tout à fait belles et parfumées, remplies de sirops, particulièrement de celui de capilaire, d’eau de la reyne d’Hongrie, de tablettes estomacales, du jus de réglisse des deux façons, de muscades, poudre de Chipre, des liqueurs et parfums, de toutes sortes de toillettes, sachets de senteurs et de mille autres sortes de choses »
Sr Le Blanc, 1669