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Le Romantisme

La naissance d’Henri IV (esquisse)
Eugène François Marie Joseph Devéria, Vers 1827
Huile sur toile, 65 cm × 54 cm
868.1.27
Musée Fabre Don Alfred Bruyas, 1868

Le Romantisme apparaît tout d’abord en Grande-Bretagne et en Allemagne. Il se répand en Europe à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Ce mouvement s’oppose au néo-classicisme et au rationalisme des Lumières et en marque la fin. Il est redevable des bouleversements politiques et sociaux de son époque.

La littérature est la première à être touchée en France et la paternité intellectuelle du Romantisme revient à Victor Hugo avec la Préface de Cromwell (1827). L’année 1827 est aussi celle de l’émergence du Romantisme en peinture au Salon où Devéria envoie La naissance d’Henri IV et Eugène Delacroix Mort de Sardanapale, tableau considéré comme le manifeste du Romantisme pictural.

La Mort de Sardanapale
Eugène Delacroix, 1827
Huile sur toile, 392 × 496 cm
Inv. RF 2346
Musée du Louvre, Paris

À ces événements fondateurs s’ajoute, le 25 février 1830, la « première » tumultueuse de Hernani de Victor Hugo. L’événement, un véritable « affrontement » littéraire entre classiques et romantiques, est considéré comme le moment où le Romantisme livre bataille et triomphe en France. Y assistent les peintres Louis Boulanger (1808-1867) et Eugène Devéria (1805-1865) qui, au début, apparaît comme le chef de file d’une école romantique qui compte également Théodore Géricault (mort prématurément à l’âge de 33 ans), Ary Scheffer, Edouard Bertin, Eugène Isabey, Paul Huet, Diaz de la Peña et Louis Boulanger.

Les écrivains associés à la vie du Romantisme français sont nombreux : Chateaubriand devient un modèle important et avec lui Lamartine, Mérimée, Balzac, Stendhal, Musset, Sand, Nerval et Baudelaire. Théophile Gautier se montre un des plus véhéments défenseurs de Victor Hugo et du Romantisme en peinture. Les écrivains anglais Byron, Walter Scott et Shakespeare sont une source d’inspiration inépuisable pour les peintres, tout comme ceux de la littérature allemande : Goethe, Herder et Schiller. Par ailleurs, la peinture anglaise et notamment la technique de l’aquarelle qui lui est inhérente, joue un rôle déterminant.

Dans la musique, l’apogée du Romantisme français est représentée par l’œuvre de Berlioz et par celle de Chopin. Dans la sculpture, le nom de Antoine Louis Barye (1796-1875) est associé au thème romantique du combat de fauves et fait de lui un des plus notables représentants.

Mazeppa
Louis Boulanger, Vers 1827
Huile sur toile, 25 cm × 43 cm
876.3.17
Musée Fabre Legs Alfred Bruyas, 1876

La rupture que le Romantisme représente s’exprime principalement dans l’abandon de l’idée de la peinture comme le miroir où se reflète le monde. Désormais, il s’agit de privilégier l’esprit créateur de l’artiste : le tableau relève de sa subjectivité et exprime ses sentiments.

Cette nouvelle sensibilité bouleverse les sujets abordés par la peinture. Les artistes déçus par la chute de l’Empire et la médiocrité de la Restauration vont se retourner vers le passé, comme une sorte d’antidote à ce « malaise de vivre ».

Science et Romantisme

Avec l’éclairage au gaz et l’extension que prend désormais la vie à la lumière artificielle les peintres découvrent une variété d’éclairages jusqu’alors inconnus. À cela s’ajoutent les nouvelles découvertes du chimiste Eugène Chevreul dans le domaine de la couleur. Sa loi du contraste simultané des couleurs exposée aux Gobelins en 1838 est déjà utilisée par Delacroix avant de devenir une vérité scientifique au temps de la peinture impressionniste.

Technique et sujet

La peinture romantique n’impose pas la fusion de la technique et du sujet. Le colorisme, la matière riche, onctueuse et empâtée de Delacroix n’est pas celle de certains peintres romantiques traitant les mêmes thèmes. Le sujet s’affranchit de la technique, événement qui ne sera plus possible avec la peinture impressionniste dans laquelle la touche divisée sera inhérente au sujet pré

Certains manifestent un goût marqué pour le fantastique et d’autres éprouvent un intérêt particulier pour le Moyen Âge (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831), l’époque de Louis XIII (Théophile Gautier, Les Grotesques, 1844), et le XVIe siècle comme le montre La mort de Charles IX de Monvoisin conservé aujourd’hui au musée Fabre.

La mort de Charles IX
Raymond Auguste Quinsac Monvoisin, 1834
Huile sur toile, 233 cm × 291 cm
D835.1.1
Musée Fabre Dépôt de l’Etat, 1835

La nostalgie du passé entraîne, chez quelques-uns, une fascination pour la mort comme l’illustre le tableau de Théodore Géricault Étude de pieds et de main.

Étude de pieds et de main
Théodore Géricault, Vers  1817 - 1819
Huile sur toile, 52 cm × 64 cm
876.3.38
Musée Fabre Legs Alfred Bruyas, 1876

Cependant, il existe des œuvres qui montrent ces artistes en « hommes de leur temps » car l’histoire contemporaine marque leurs travaux. Le radeau de la Méduse (1819) de Géricault est vu par les journaux royalistes de l’époque comme une critique politique. Ce navire, envoyé au Sénégal par la France, fait naufrage le 2 juillet 1816 et parmi les cent quarante-neuf passagés seulement quinze sont retrouvés vivants. La Grèce battue à Missolonghi (1826) de Delacroix se trouve également parmi les exemples importants de cet « art engagé » suscité, entre autres par le philhellénisme de l’époque. La résistance de cette ville grecque contre les Turcs (1821-1826) devient légendaire. Byron, venu soutenir la cause grecque, y trouve la mort en 1824.

L’élargissement de la palette et des sites géographiques sont caractéristiques de l’art du paysage romantique et ce changement est illustré par l’œuvre de Paul Huet et Eugène Isabey (fig. 5). Jean-Jacques Rousseau est l’un des premiers à employer dans Les Rêveries du promeneur solitaire l’adjectif « romantique ». Il l’emprunte à l’anglais romantic qui qualifie le côté émouvant, romanesque et pittoresque d’un paysage. L’Italie ne sera plus la grande référence et les artistes s’intéressent désormais aux paysages français : la Normandie, la Bretagne, les Pyrénées et l’Auvergne.

La tempête - Naufrage
Louis Gabriel Eugène Isabey, 1835
Huile sur toile, 65 cm × 82 cm
868.1.50
Musée Fabre Don Alfred Bruyas, 1868

Du point de vue de la technique, la connaissance des maîtres vénitiens du XVIe siècle, comme Titien et Véronèse, détermine la place de la couleur au sein du Romantisme. Le peintre romantique est un coloriste par excellence. L’affrontement entre la peinture du passé et la peinture moderne est illustré par l’opposition des partisans de la « ligne », c’est à dire ceux du dessin, à ceux de la « couleur » illustrée par la rivalité entre Ingres et Delacroix.

La fin du mouvement romantique est consommée dans les années 1850 avec l’apparition du réalisme, dont Gustave Courbet est le chef de file, et que Delacroix comme Gautier jugeront sévèrement.