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Les dépôts 2020

Neuf nouveaux dépôts dans le parcours des maîtres anciens

Tout au long de l’automne 2020, de nombreux dépôts généreusement consentis par des musées partenaires viennent enrichir le parcours de visite du musée Fabre. Tout autant qu’ils renouvellent le regard des visiteurs, ils offrent également de passionnants dialogues avec la collection du musée de Montpellier.

Les dépôts sont des prêts de longue durée entre institutions. Si l’œuvre déposée reste la propriété pleine et entière du déposant, elle trouve également une nouvelle visibilité et un nouveau public auprès des visiteurs de l’institution dépositaire. Cet automne, neuf nouveaux dépôts sont ainsi à découvrir au sein du parcours de visite.

Pierre Stépanoff, conservateur du patrimoine, responsable des peintures et sculptures de la Renaissance à 1870, nous les présente.

Jean Deydé au musée Fabre

Buste de Jean Deydé (1617-1687), conseiller à la cour des comptes de Montpellier
Christophe Veyrier, 1684
Marbre, 66 cm × 59 cm × 27 cm
Inv. 66.129a et b
New York, the Metropolitan Museum of Art

À la suite de l’exposition De Marbre blanc et de couleur – la chapelle Deydé de la cathédrale de Montpellier (novembre 2019 - mars 2020), le Metropolitan Museum de New York a accepté de prolonger son prêt du majestueux buste exécuté par Christophe Veyrier et figurant Jean Deydé, magistrat montpelliérain du Grand Siècle. L’œuvre a en effet été commandée en 1684 afin d’orner son hôtel particulier, rue du Cannau. Présentée en vente publique en 1956, elle fut ensuite acquise par le musée new-yorkais en 1966.

Cette commande d’une effigie commémorative, dans un contexte civil et par un particulier, est tout à fait exceptionnelle au XVIIe siècle. Christophe Veyrier, collaborateur de Pierre Puget, restitue avec un réalisme frappant les traits apaisés du modèle dans le marbre blanc de Carrare, tandis que la diversité des matières, la chair, la perruque, l’hermine et la robe, sont imités avec une remarquable virtuosité, à l’aide de la lime, du ciseau, de la griffe et du trépan. La gaine porte les armes de Deydé et s’orne de placage de marbre coloré de Trets, ville natale de Veyrier où sa famille exploitait une carrière. Le buste est placé sur un élégant piédouche en marbre turquin.

Sa présence au musée Fabre, aux côtés des autres bustes commandés par Deydé pour sa chapelle, permet une belle réunion d’œuvres dispersées par l’histoire.

La sculpture est exposée en salle 15 jusqu’au mois de mars 2021.

Les Ranc du musée de Douai

  • Portrait de Monsieur Dupuy
    Jean Ranc, Vers 1700
    Huile sur toile, 86 cm × 67 cm
    Inv. 1986.1.1
    Douai, musée de la Chartreuse de Douai
  • Portrait de Madame Dupuy
    Jean Ranc, Vers 1700
    Huile sur toile, 86 cm × 67 cm
    Inv. 1986.2.1
    Douai, musée de la Chartreuse de Douai

La préparation de l’exposition Jean Ranc a permis d’identifier de nombreux portraits de cet artiste jusqu’alors méconnus. C’est le cas des Portraits de Monsieur et Madame Dupuy du musée de la Chartreuse de Douai. Considérés jusqu’alors comme des tableaux exécutés par Nicolas de Largillierre, ils ont été rendus à Ranc, restaurés et présentés lors de l’exposition Jean Ranc, un Montpelliérain à la cour des rois (janvier – juin 2020).

À la suite de l’exposition, le musée de Douai a généreusement consenti à déposer ces deux portraits au musée Fabre, où ils viennent enrichir l’ensemble d’œuvres de cet artiste en pleine redécouverte, composé désormais de six tableaux. Dans ces effigies, Ranc révèle sa finesse d’analyse psychologique comme l’habileté de son pinceau et offre une image à la fois vériste, attachante et émouvante de ces deux personnages âgés. Les tons chauds, bruns et violets, dialoguent entre les deux tableaux et révèlent l’influence de la peinture hollandaise du XVIIe siècle sur l’art de Ranc, à l’aube du XVIIIe. L’identité des deux modèles, désignés sous le nom de Dupuy depuis leur don au musée de Douai, reste encore aujourd’hui énigmatique.

Les deux portraits sont exposés en salle 15.

Un grand Louis XIV du musée de l’Assistance publique

Louis XIV admiré par l’univers
Pierre Mosnier, 1675
Huile sur toile, 182 cm × 378 cm
Inv. AP 201
Paris, musée de l’Assistance publique - hôpitaux de Paris

Actuellement fermé, le musée de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris a déposé au musée Fabre une grande composition de Pierre Mosnier, Louis XIV admiré par l’univers. Commandé en 1675 par M. Aubert, commissaire au Grand Bureau des Pauvres, le tableau a longtemps orné l’hôpital parisien de la Salpêtrière.

Dans le but de plaire au souverain, il offre une iconographie foisonnante, très caractéristique du rôle politique donné à l’allégorie sous le règne de Louis XIV.

Tout contribue à louer le roi : Louis XIV n’est pas présent dans la scène, mais montré sous la forme de son portrait, présenté par des angelots. Par ce procédé fréquent, l’artiste souligne le pouvoir de la peinture tout en soulignant qu’honorer la personne royale et honorer son image sont une seule et même chose.

Tandis que la Victoire vient déposer une couronne au-dessus de l’ovale, la Renommée, portant sa trompette, invite à admirer le roi. A gauche, deux personnages personnifiant l’Asie et l’Afrique, à droite deux autres symbolisant l’Europe et l’Amérique, viennent admirer l’image du Roi Soleil. A ses pieds, des trophées, épée, armure, casque, bouclier et étendard, symbolisent les victoires militaires du roi. Le bélier doré étendu au sol est une allusion à l’ordre de la Toison d’Or, symbole de la famille des Habsbourg, régnant alors sur l’Espagne et l’Allemagne, et principale rivale des rois de France depuis la Renaissance.

Au fond, à gauche, des statues de héros et personnages antiques (Hercule, Alexandre, César) et à droite de rois modernes (Henri IV, Louis XIII), tournent leur regard vers Louis XIV, faisant de lui le digne héritier de leurs prouesses.

Le tableau est exposé en salle 17

Le musée de Reims en chantier

Depuis septembre 2019, le musée de Reims a fermé ses portes afin de lancer un ambitieux programme de rénovation, avant sa réouverture fin 2023. Durant ces travaux, trois peintures sont déposées au musée Fabre.

Olinde et Sophronie
François Perrier, Vers 1639-1646
239 cm × 322 cm
Inv. 977.13.1
Reims, musée des Beaux-Arts

Pour peindre Olinde et Sophronie, François Perrier puise son sujet dans un épisode d’une célèbre épopée de la Renaissance, La Jérusalem délivrée, composée par Torquato Tasso, dit le Tasse. Ce récit raconte les aventures de chevaliers francs et arabes durant les Croisades. Olinde et Sophronie sont deux chrétiens vivant à Jérusalem. Durant le siège de la ville par les Croisés, le roi Aladin accuse les chrétiens d’un vol afin d’ordonner leur massacre, pour éviter qu’ils n’ouvrent les portes aux croisés. La belle Sophronie se sacrifie en s’accusant du vol, tandis que son soupirant, Olinde, s’accuse à son tour pour la suivre dans la mort. Les deux jeunes gens sont placés sur un bûcher, que des bourreaux s’apprêtent à l’allumer. À droite, les femmes chrétiennes regardent la scène, terrorisées par l’issue imminente du drame ou admiratives du dévouement des victimes. Le coup de théâtre se produit au second plan : Clorinde, une guerrière persane, propose des renforts au roi Aladin en échange de la vie sauve pour les deux jeunes gens.

François Perrier est un important artiste du XVIIe siècle qui résida à deux reprises à Rome et collabora également avec Simon Vouet à Paris. Il exécute sans doute ce tableau lors de son second séjour romain, entre 1639 et 1646. L’influence de l’antique comme de Nicolas Poussin est décisive, et font de Perrier un des fondateurs du classicisme français. La composition est en effet parfaitement lisible, et parvient à superposer habilement plusieurs aspects du drame pour en retenir le moment décisif. Le décor évoque la Rome antique bien plus que la Jérusalem médiévale. Les gestes des personnages, très éloquents, rendent le tableau parfaitement lisible : Sophronie exhorte Olinde à se tourner vers le ciel ; un des bourreaux est suspendu aux ordres du roi ; une mère invite son enfant à prier ; Clorinde indique sa volonté de racheter les condamnés. Tous ces éléments contribuent à définir une composition hautement classique, où la peinture se donne pour but de narrer une histoire, afin d’éduquer et de plaire.

Le tableau est exposé en salle 11 – Galerie des Griffons.

Silène barbouillé de mûres par la nymphe Eglé
Antoine Coypel, Vers 1700-1701
Huile sur toile, 148 cm × 115 cm
Inv. 2019.1.15
Reims, musée des Beaux-Arts

Antoine Coypel est un artiste bien représenté au musée Fabre, par son morceau de réception à l’Académie ainsi que par trois peintures issues du décor de la Galerie d’Enée, peintes pour le Régent Philippe d’Orléans au sein du Palais royal et qui furent saisies à la Révolution. Le tableau du musée des Beaux-Arts de Reims, Silène barbouillé de mûres, est un superbe exemple de la diffusion à l’orée du XVIIIe siècle en France du goût pour la peinture flamande du XVIIe siècle, et notamment Rubens. Commandé en 1700 par le Grand Daupin, fils de Louis XIV, pour orner la salle à manger de son château de Meudon, le tableau s’inspire du poème des Bucoliques du poète romain Virgile. Silène, le compagnon ivrogne et rieur de Bacchus, s’éveille dans une grotte, détenu par des satyres tandis que la facétieuse nymphe Eglé se joue de lui en le barbouillant de mûres. Cette toile, pleine d’humour est exécutée dans un coloris chaud avec un pinceau libre, et invite aux plaisirs de la vie et du vin, superbement résumés par la nature morte de raisins au premier plan.

Le tableau est exposé en salle 18 – Galerie des colonnes.

Saint Jérôme endormi
Joseph-Marie Vien dit l’Aîné, 1751
Huile sur toile, 98 cm × 135 cm
Inv. 866.12.2
Reims, musée des Beaux-Arts

Joseph Marie Vien est né à Montpellier en 1716 avant de rejoindre Paris pour mener une longue carrière qui s’achèvera en 1808 sous l’Empire, et au cour de laquelle l’artiste encourage un profond renouvellement des arts en initiant un retour au goût pour l’Antiquité qui se développera dans toute l’Europe. Le musée Fabre possède un fond de référence de cet artiste.

Le tableau déposé par le musée de Reims est décisif dans la carrière de l’artiste. Après avoir remporté le Prix de Rome en 1743 et avoir résidé dans la ville éternelle de 1744 à 1750, Vien, de retour à Paris, se présente à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Pour son agrément, il présente ce Saint Jérôme endormi, refusé par les académiciens du fait de son réalisme trop prononcé. Le style de Vien est en effet en complète rupture avec les fantaisies du rococo, alors dominantes. Dans une grotte, le vieillard est représenté dans le plus complet dénuement, couvert d’une tunique et couché sur une paillasse. Une bible et un crâne sont les instruments de méditation du saint qui s’est endormi dans sa prière. Le clair-obscur , savamment étudié, ainsi que le réalisme du modèle, au corps athlétique mais au visage travaillé par les ans, illustrent la profonde influence de la peinture caravagesque et bolonaise sur Vien. Cette austérité du sujet comme de la composition n’en sont pas moins peintes dans un coloris d’une remarquable subtilité, passant habilement des teintes blanches, brunes ou rosées, à l’aide d’un pinceau habile évoquant la diversité des matières par des jeux des hachures vibrantes.

Le tableau est exposé en salle 19.

Deux prêts d’une collection particulière

Un couple de collectionneurs, amateurs de peinture du XVIIIe siècle, a généreusement proposé au musée Fabre de présenter deux portraits dans son parcours.

Portrait de Louis XV, roi de France
Jean Ranc, Vers 1718-1720
Huile sur toile, 81 cm × 65 cm
Collection particulière

Le Portrait du jeune roi Louis XV a retrouvé son auteur, Jean Ranc, à la suite de son passage en vente en 2018. Après avoir été présenté lors de l’exposition dédiée à cet artiste au musée Fabre, il est désormais exposé aux côtés d’autres tableaux du portraitiste montpelliérain, venant enrichir l’ensemble de six toiles exposées au musée Fabre. Il s’agit d’une réduction du grand tableau peint par l’artiste et présentant le jeune monarque sur son trône exécuté en 1718 et conservé au château de Versailles. Cette pratique était courante, notamment pour les effigies royales, afin de les diffuser dans toute l’Europe. Louis XV est représenté à mi-corps, vêtu du manteau de son sacre, et approchant les mains de la couronne, symbole de son pouvoir. Ranc sait habilement mêler la représentation du monarque selon ses codes traditionnel à une représentation tendre de l’enfance, offrant au jeune roi un doux sourire et une carnation nacrée.

Le tableau est exposé en salle 17.

Portrait de madame Du Barry tenant une corbeille de roses
François Hubert Drouais, 1770
Huile sur toile, 69 cm × 56 cm
Collection particulière

C’est près de cinquante ans plus tard que François Hubert Drouais peint le portrait de l’ultime maîtresse de Louis XV, madame Du Barry. Après une première rencontre au printemps 1768, quelque semaine avant la mort de la reine Marie Leszczynska, le roi, tombé sous le charme, se résolu à en faire sa maîtresse officielle. La sensualité de Jeanne Bécu, devenu bientôt madame Du Barry, éveilla en effet chez le roi une ardeur qu’il croyait avoir perdue. La maitresse royale comprit vite qu’une excellente manière d’assoir sa position à la cour était de se faire tirer de multiples portraits. Elle engagea ainsi l’ancien portraitiste de Madame de Pompadour, François Hubert Drouais, dont les portraits raffinés étaient parfois critiqués pour être à la fois trop flatteur pour leurs modèles et quelque peu figés dans leur idéalisation. Drouais n’en contribuait pas moins au renouvellement de ce genre pictural, en représentant ses figures dans des contextes intimes et naturels, loin de la pompe d’un Rigaud ou d’un Nattier. Ce portrait fut exécuté en 1770. La favorite y est représentée tenant une corbeille de roses, vêtue d’une simple gaze transparente offrant une forte tonalité érotique à cette effigie et valorisant les charmes de la Du Barry. Les faveurs du roi seraient cependant de courte durée, puisque Louis XV décéda quatre ans plus tard, en 1774, à l’âge de 64 ans.

Le tableau est exposé en salle 20.