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Stéphane Bordarier : “Il y a une forme d’amnésie que je refuse”

22, 30 V 2008, Hommage à Enguerrand Quarton
Stéphane Bordarier
22, 30 V 2008, Hommage à Enguerrand Quarton, 2008
Huile sur toile, quatre panneaux de 120 × 120 cm, 120 cm × 480 cm
inv. 2020.26.1
Musée Fabre

« Lorsque je parle de la peinture italienne de la Renaissance, de celle de Pollock, de Hantaï, de Matisse ou des avant-gardes du XXe siècle, tout cela constitue un stock de mémoire. Il est impossible de peindre en niant cette présence-là. Il y aurait à distinguer entre une mémoire consciente, travaillée, recherchée, et une mémoire inconsciente : elles constituent le stock dans lequel on agit. Il est des œuvres qui sont trop marquées par ce d’où elles viennent. Mais précisément, il s’agit à la fois de considérer cette mémoire, de la laisser agir, et aussi de détruire tout ce qui pourrait nous freiner, nous empêcher d’avancer. La peinture, il faut à la fois l’aimer infiniment, et, pour peindre, s’efforcer de l’oublier ».

« Un premier diptyque rouge, d’une seule forme, est coupé et disposé de part et d’autre d’un second diptyque bleu. Comme les deux carrés du diptyque rouge sont à l’origine une seule et même forme, ils ont tendance spontanément, visuellement, à vouloir se rejoindre, tel un serre-livres, ou les panneaux latéraux d’un retable. J’ai pensé, en voyant ce travail réalisé, au Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton, avec ce rouge qui enserre le bleu central. J’ai alors décidé, chose que je ne fais quasiment jamais, de donner au polyptyque un titre, Hommage à Enguerrand Quarton. »

Le Couronnement de la Vierge
Enguerrand Quarton
Le Couronnement de la Vierge, 1453-1454
Détrempe sur bois, 183 cm × 220 cm
Musée Pierre-de-Luxembourg, Villeneuve-lès-Avignon

« Lorsque je vais en Italie, j’aime déjà beaucoup la peinture italienne, mais à ce moment-là, je passe une année à regarder la peinture jour après jour, de façon complétement obsessionnelle. J’écris, je note, je dessine d’après tout ce que je vois. J’ai la chance de découvrir les fresques de Luca Signorelli à Orvieto depuis l’échafaudage où opèrent les restaurateurs, de pouvoir toucher la couleur, la chaux avec ses boursouflures, et les pastillages de cire dorée ; ce qui me fascine est qu’on puisse obtenir une couleur aussi riche, aussi tendue, et très lisse : une surface étalée de couleur. »

Voûtes de la chapelle San Brizio
Luca Signorelli
Voûtes de la chapelle San Brizio, Fresques murales

Cathédrale d’Orvieto, Italie

« En Italie, je me suis mis également à travailler en recherchant une couleur dont je ne savais pas ce qu’elle était : une référence était la couleur du Christ mort de Rosso Fiorentino à Sansepolcro. Une couleur qui m’avais laissé pantois, ce mélange très étrange de brun, de rouge et de vert blanchâtre. Quand je suis revenu en France, j’ai trouvé par hasard, un pigment, le Violet de Mars, que j’ai commencé à utiliser et qui m’a redonné un peu la sensation que j’avais connue devant l’œuvre de Rosso Fiorentino. C’était une couleur très fluctuante, indécises, qui changeait selon le moment de la journée ».

  • Le Christ mort
    Giambattista Rossi dit il Rosso fiorentino  
    Le Christ mort, 1533-1540
    Huile sur toile,
    Musée du Louvre
  • Sans titre
    Stéphane Bordarier
    Sans titre, 1996
    Acrylique sur toile, 175 cm × 175 cm
    Dépôt de la galerie Jean Fournier au musée Fabre

« [Au milieu des années 1980] mon attention se portait alors sur de nombreux artistes montrés à Paris (Dezeuze, Bram van Velde, Ryman…), et ce que je regardais le plus quand j’allais chez Fournier c’étaient les artistes américains, Joan Mitchell et James Bishop notamment. (…) Shirley Jaffe dont le travail en dehors des courants dominants m’intéressait beaucoup est devenue très vite une amie, et j’ai été très proche de Joan Mitchell. (…) Ce qui est symptomatique des contradictions au sein desquelles je m’efforçais de trouver un chemin personnel est l’intérêt que je portais à Mitchell et Hantaï, et qui peut paraître relativement contradictoire. »

  • Echelle
    Daniel Dezeuze
    Echelle, 1975
    Bois et brou de noix, 580 cm × 110 cm
    96.8.2
    Musée Fabre Don Association des Amis du Musée Fabre, 1996
  • Sans titre
    James Bishop
    Sans titre, 1973
    Huile sur toile,
    D2007.8.4
    Collection particulière
  • Sans titre
    Stéphane Bordarier
    Sans titre, 1991
    Acrylique, encre et colle sur toile, 199 cm × 224 cm
    2020.27. 1
    Musée Fabre

« La peinture n’est jamais en train de répéter quelque chose qui a déjà été fait, elle est toujours en train d’apporter une pensée du nouveau, qui est une pensée philosophique, mais que je considère également politique. Pour moi qui étais, avant de me mettre à peindre, quelqu’un d’engagé politiquement, il y avait aussi du côté transgressif de Hantaï une continuité et une poursuite de quelque chose que je ne pouvais pas abandonner. »

  • Blanc, 1974
    Simon Hantaï
    Blanc, 1974, 1974
    Huile sur toile, 236 cm × 207 cm
    2006.10.1
    Musée Fabre Don Jean-Marie Bonnet en mémoire de Jean Fournier, 2006
  • 1 <span class="caps">VII</span> 2016
    Stéphane Bordarier
    1 VII 2016, 2016
    Huile et acrylique sur toile, 175 cm × 175 cm
    inv. 2020.26.2
    Musée Fabre