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Vue de l’île de Maïre

Carl Frederik Emmanuel Larsen

Emmanuel Larsen est un peintre de l’Âge d’or danois, période d’essor culturel et artistique traversant le royaume scandinave durant la première moitié du XIXe siècle. Spécialisé dans le paysage, et plus particulièrement dans les marines, il entre à l’Académie royale des Beaux-Arts du Danemark en 1839 où il suit les leçons de Christoffer Wilhelm Eckersberg (1783-1853), peintre considéré comme le grand précurseur de l’école danoise. Après une formation à Paris puis à Rome dans les années 1810, Eckersberg, de retour à Copenhague, est nommé professeur à l’Académie des Beaux-Arts où il transmet durablement les principes de son art : une étude objective, presque scientifique, du réel, traité de manière sobre, monumentale, presque figée, sous une lumière zénithale puissante.

Vue de l’île de Maïre
Carl Frederik Emmanuel Larsen, 1854
Huile sur toile, 32 cm × 56 cm
Inv. 2020.2.1
musée Fabre Don de la Fondation d’entreprise au musée Fabre, 2020

Ce sont ces principes qui caractérisent l’art de Larsen, un de ses élèves les plus talentueux. En 1845, il mène un voyage sur les îles Féroé et en Islande, puis reprend la route de 1852 à 1854, et découvre l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique, Paris et la côte méditerranéenne, autour de Marseille notamment. Larsen aura l’occasion d’exposer ses toiles au Salon de Charlottenborg comme au Salon parisien, malgré son décès précoce.

C’est lors de son séjour marseillais qu’il peint, sans doute en plein air et sur le motif, cette vue de l’étonnante île de Maïre, depuis le village des Goudes. Le tableau frappe par son étonnante radicalité : entre le bleu intense de la mer et le bleu clair du ciel, la physionomie déchiquetée de l’île est décrite dans tous ses détails, grâce à une gamme de brun très étudiée. Les aspérités des roches, où jouent l’ombre et la lumière, donnent un caractère presque fantastique à cette vue si précise. L’écume blanche qui rythme la surface de l’eau offre un saisissant effet de réel, donnant au spectateur le sentiment d’être embarqué.

Cette toile est un des rares témoignages de la peinture danoise dans les collections françaises, représentée également au musée Fabre par deux panneaux du peintre de fleurs Johan Laurents Jensen (1800-1856) :

  • Fleurs sur une table de marbre
    Johan-Laurents Jensen, 1833
    Huile sur bois, 25 cm × 32 cm
    837.1.43
    Musée Fabre Legs François-Xavier Fabre, 1837
  • Fleurs sur une table de marbre
    Johan-Laurents Jensen, 1833
    Huile sur bois, 38 cm × 32 cm
    837.1.44
    Musée Fabre Legs François-Xavier Fabre, 1837

Pierre Stépanoff

Pour aller plus loin :

  • Catalogue de l’exposition L’Âge d’or de la peinture danoise : 1800-1850, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 5 décembre 1984 - 25 février 1985, Paris, RMN, 1984, Kasper Monrad (dir.).
  • Catalogue de l’exposition Le Siècle d’or de la peinture danoise : une collection française, Roubaix, la Piscine-Musée d’art et d’industrie André Diligent, 12 octobre 2013-12 janvier 2014, Le Havre, MuMa-Musée d’art moderne André Malraux, 8 février-12 mai 2014, Paris, Gallimard, 2014, Bruno Gaudichon, Annette Haudiquet, Jonathan Lévy, Jens Toft (dir.).
  • Catalogue de l’exposition L’Âge d’or de la peinture danoise, Paris, Petit-Palais – musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, 22 septembre 2020 - 3 janvier 2021, Paris, Paris musée édition, 2020.